
Résumé
Cette communication propose d’analyser l’homonymie et son rapport à la reconnaissance en s’appuyant sur l’étude de notre exposition GROUPE NOMINAL à l’Inattendue Galerie en mars 2019.
Beaucoup d’écrits relatent le lien entre le nom de l’artiste et sa réputation (Trollope, 1883 ; Becker, 1982 ; Heinich 1998 et 2005), ainsi que les liens entre le nom d’auteur et les noms déposés des marques (Béguet et Ledoux, 2015 ; Code la propriété intellectuelle, 1992). Mais peu interrogent l’homonymie subie par des artistes à notoriétés différentes dans son rapport à la reconnaissance professionnelle. L’homonymie est représentée comme l’acquisition d’un nom comme d’une marque (Ludovic Chemarin©) ou encore comme filiation dans l’amateurisme (Lavier). Pourtant, il existe de nombreux homonymes sans liens de filiations qui ont des pratiques amateures et / ou professionnelles, dans les mêmes disciplines ou dans des disciplines connexes, faisant l’objet de grands écarts de notoriété.
Partant du présupposé qu’être reconnu, c’est s’être « fait un nom », avoir du « renom », je pose la question de la reconnaissance et de la notoriété face à l’homonymie. Comment penser des notoriétés différentes pour des noms identiques ? Comment se « faire un nom » lorsqu’il est déjà « fait » par une autre personne et une autre pratique ? Dans un certain régime de singularité (Heinich, 2005) et de réputation liée au nom de l’auteur, quelle place accorder à l’homonymie ?
Je m’appuie sur l’exposition « GROUPE NOMINAL » (réaliséee avec Alexandre Arbouin) qui présentait du 8 au 29 mars 2019 un début de collection personnelle, réunissant des oeuvres d’artistes homonymes peu connus. L’exposition a lieu dans un lieu « institutionnel », à savoir l’Inattendue Galerie, gérée par la Maison des Initiatives Étudiantes et la Mairie de Paris. Les artistes homonymes sont internationaux et de divers statuts (amateurs / professionnels ; de même discipline ou non). Ils renvoient à des artistes internationaux divers eux aussi dans leurs statuts et leurs notoriétés, (certains étant décédés). Ainsi étaient présentées des oeuvres de Daniel Buren, John Chamberlain, Lucio Fontana, Pierre Huyghe, Seulgi Lee, Richard Long, Henry Moore, Robert Morris, Bruce Naumann et Benjamin Sabatier.
Je montre ainsi que malgré un régime dit de singularité, c’est une certaine forme de « déjà-vu » qui marque la reconnaissance. Cela va, d’ailleurs, de pair avec les termes : « reconnaître » comme « re-connaître » (connaître deux fois, ou se rendre compte que l’on connaît), ou encore « consacrer », à savoir « redoubler par le dire quelque chose qui existe déjà » (Bourdieu, 1982, p. 123). De même pour « représenter » – présenter à nouveaux – ou encore, en ce qui nous concerne, « surexposer », exposer à nouveau et de manière plus forte.
Ainsi, dans la mesure où l’on reconnaît, l’accès à la notoriété pourrait être décuplé dans une surexposition de « déjà-vu », en particulier pour les homonymes qui ont leurs noms « déjà-lus » et « déjà-connus ». Je reviens sur les enjeux du nom (« noblesse oblige ») et le pouvoir de nommer (de légitimer, Bourdieu, 1982) et ses enjeux dans l’homonymie artistique. Je montre l’importance des réseaux sociaux, a contrario des moteurs « traditionnels » de recherche, pour la reconnaissance de l’homonymie. Et je développe l’idée de surexposition de déjà-vu à tous les niveaux : comment nous surexposons à la fois des noms, des formes, des discours, voire des parcours.